Corbeaux d’Odin : Huginn et Muninn
Huginn et Muninn sont les deux corbeaux d’Odin. En vieux norrois, leurs noms signifient « pensée » (Huginn) et « mémoire » ou « esprit » (Muninn). Chaque jour, ils s’envolent à travers le monde pour recueillir des nouvelles, puis reviennent les murmurer à Odin. Dans le poème eddique Grímnismál (strophe 20), Odin avoue même craindre que Huginn ne revienne pas, et s’inquiéter plus encore pour Muninn.
Ceux qui s’intéressent à la mythologie nordique connaissent déjà la plupart de ses êtres captivants, de ses géants, de ses dieux et créatures et de tout ce qui peuple le cosmos nordique. Pour ceux qui découvrent cet univers, il faut préciser que chacun de ces êtres a son histoire à raconter.
Tous les êtres et créatures de la mythologie nordique étaient décrits avec grande précision. Leurs rôles et leurs actions étaient expliqués en détail. Quelle que soit l’importance de leur rôle, tous avaient une part à jouer.
Intéressons-nous maintenant à Odin, le Père de tous. Comme on le sait (ou pas), il était le souverain des dieux. On le présente comme le plus sage et le plus rusé des guerriers et des chefs. Il régnait sur les neuf mondes de l’univers nordique. Il était en outre le chef de la tribu des dieux appelés Ases (vieux norrois Æsir), à Asgard (vieux norrois Ásgarðr). Asgard était l’un des neuf mondes où vivaient les dieux.
Aussi sage et rusé qu’il fût, Odin, le Père de tous, pouvait toujours compter sur l’aide extérieure de ses fidèles serviteurs. Les valkyries en sont un bon exemple. Chaque fois que les hommes de Midgard se battaient, Odin envoyait ses loyales valkyries choisir les meilleurs guerriers tombés au combat, afin qu’ils rejoignent Odin et les autres dieux dans les grandes salles du Valhalla.
Comme tout grand souverain, Odin tirait un grand profit de l’aide de ses serviteurs et de ses fidèles. Deux corbeaux jouaient un rôle essentiel dans son règne. Ils s’appelaient Huginn et Muninn.
L’histoire des corbeaux d’Odin : Huginn et Muninn

Les corbeaux d’Odin : Huginn et Muninn
Commençons par le sens de leurs noms. Hugin (vieux norrois Huginn) se traduit par « pensées », tandis que Munin (vieux norrois Muninn) signifie à peu près « mémoire » ou « esprit ». Les corbeaux volaient chaque jour au-dessus de Midgard (vieux norrois Miðgarðr), recueillant des informations capitales qu’ils rapportaient à Odin.
On raconte qu’Odin était aussi appelé le dieu-corbeau (vieux norrois Hrafnaguð), parmi de nombreux autres noms. Selon la saga des Ynglingar (chapitre 7), Odin avait appris la parole à ses corbeaux, afin qu’ils lui apportent les informations qu’il recherchait.
Chaque matin, les corbeaux s’envolaient vers Midgard et cherchaient tout ce qui pouvait être utile à Odin. Ils observaient et écoutaient dans tout le royaume des hommes, à la recherche des nouvelles les plus passionnantes à rapporter au Père de tous.
On voyait souvent les deux corbeaux perchés sur les épaules d’Odin, pendant qu’ils lui racontaient ce qu’ils avaient appris à Midgard.
De nombreuses théories sur Huginn et Muninn
L’adaptation en vieux saxon du Nouveau Testament, datant du IXe siècle et connue sous le nom de « Heliand », diffère quelque peu du Nouveau Testament à propos de la colombe posée sur l’épaule du Christ. G. Ronald Murphy a souligné que la puissante colombe blanche n’est pas représentée au-dessus du Christ mais sur son épaule, tout contre lui.
L’auteur de l’Heliand présente ainsi le Christ comme un nouveau Woden, et pas seulement comme le fils du Souverain de toutes choses. L’image du Christ avec cet oiseau remarquable sur l’épaule devait apporter calme et absence de crainte à tous ceux qui pleuraient la perte de Woden et à ceux qui souhaitaient revenir aux anciennes religions et aux anciens symboles. L’oiseau, cependant, n’avait rien d’intimidant ni de guerrier.
De nombreux spécialistes pensent qu’il existe un lien entre la relation d’Odin avec Huginn et Muninn et les pratiques chamaniques. John Lindow rapproche la capacité d’Odin d’envoyer des « pensées » et des « souvenirs » en état de transe du voyage du chaman.
Rudolf Simek s’est toutefois montré très critique envers cette approche. Il explique que certains ont tenté de relier Huginn et Muninn à des pouvoirs divins. Selon lui, les corbeaux d’Odin avaient une symbolique bien plus large dans tout le monde germanique, y compris celle de la bannière au corbeau. Cette bannière était tissée de telle sorte que, lorsqu’elle flottait au vent, le corbeau du drapeau semblait battre des ailes.
Une autre théorie importante est celle d’Anthony Winterbourne, qui a relié les corbeaux d’Odin à la fylgja. La fylgja est un esprit compagnon lié à une personne, qui apparaît souvent sous forme animale et qui est associé au destin et à la fortune. La hamingja est la chance d’une personne, parfois imaginée aussi comme un esprit gardien.
Anthony Winterbourne explique que le voyage d’un chaman à travers les différentes parties du cosmos est souvent symbolisé par la métamorphose de l’âme, selon le concept de hamingja. Ce concept ajoute en outre une autre dimension symbolique à l’âme nordique lorsqu’il s’agit des corbeaux d’Odin.
Les corbeaux d’Odin dans l’Edda poétique et l’Edda de Snorri
Dans le poème Grímnismál de l’Edda poétique, Grimnir n’est autre qu’Odin lui-même, déguisé. Méconnaissable, Odin parle de ses compagnons à Agnarr. Le jeune prince apprend l’existence de Geri et Freki, les loups d’Odin. Dans la strophe suivante (Grímnismál 20), il est expliqué que Huginn et Muninn volent chaque jour à travers le monde. Grimnir confie son inquiétude quant au retour de Huginn, mais il craint plus encore pour Muninn.
Au chapitre 38 de la Gylfaginning (Edda de Snorri), Gangleri est le roi Gylfi, qui s’est déguisé. Le personnage appelé Hár (le Haut) lui explique que les corbeaux d’Odin se tiennent toujours sur ses épaules. Il raconte comment les deux corbeaux fournissent à Odin quantité d’informations. Odin, dit-il, envoie Huginn et Muninn à l’aube vers Midgard, pour qu’ils observent et écoutent le royaume des hommes et recueillent toutes sortes de nouvelles avant de les rapporter au Père de tous, Odin, à l’heure du repas. Tout cela permettait à Odin d’être toujours bien informé de ce qui se passait.
Un vers anonyme du Troisième traité grammatical raconte comment les corbeaux s’envolent des épaules du Père de tous, Odin. Le poème précise aussi que Huginn cherchait les pendus, tandis que Muninn cherchait les corps des tués.
Les découvertes archéologiques liées aux deux corbeaux
Aux Ve et VIe siècles de notre ère, pendant la période des Grandes Migrations, des découvertes archéologiques comme les bractéates d’or de différents types montrent une figure d’apparence humaine au-dessus d’un cheval, tenant une lance et entourée de deux oiseaux. La présence de ces oiseaux a conduit les iconographes à conclure que la figure humaine est Odin, le Père de tous, et que les oiseaux sont très probablement Huginn et Muninn.

Rudolf Simek (germaniste autrichien) affirme en outre que ces disques d’or montrent Odin en train de soigner le cheval avec l’aide de ses corbeaux. Cette représentation indiquerait que les corbeaux d’Odin n’étaient pas seulement ses compagnons de bataille, mais aussi ses assistants vétérinaires.
La période de Vendel (VIe et VIIe siècles de notre ère) a fourni aux archéologues des plaques de casque découvertes dans une tombe en Suède. Ces plaques montrent un cavalier armé d’une lance, accompagné lui aussi de deux oiseaux. Le casque a lui aussi été interprété comme représentant Odin avec Huginn et Muninn à ses côtés.
L’âge du fer germanique nous a laissé des fibules en forme d’oiseau, trouvées à Bejsebakke, dans le nord du Danemark. On pense que les oiseaux de ces fibules sont Huginn et Muninn. Les pattes et les plumes des oiseaux ont la forme de têtes d’animaux et dessinent un masque sur leur dos. Les oiseaux ont en outre une queue en éventail et un bec très puissant, ce qui a conduit les archéologues à y reconnaître des corbeaux.
La mode de l’époque germanique voulait que l’on porte les fibules sur les deux épaules. L’archéologue réputé Peter Vang Petersen estime que ces épingles et leur symbolique peuvent prêter à débat, mais que les oiseaux des fibules sont sans aucun doute des corbeaux. Il note aussi qu’en observant attentivement ces ornements, leurs représentations et la façon dont ils étaient portés, on comprend que la symbolique renvoie à Odin et à ses deux corbeaux.
Le site funéraire du navire d’Oseberg, datant de l’âge des Vikings et découvert en Norvège, a livré aux archéologues des fragments de la tapisserie d’Oseberg. Ces fragments représentent une scène où deux oiseaux sombres planent au-dessus d’un cheval. Après un examen attentif, la chercheuse Anne Stine Ingstad a interprété ces deux oiseaux comme Huginn et Muninn planant au-dessus d’un chariot contenant l’image d’Odin, le Père de tous.
La popularité actuelle des deux corbeaux
Les corbeaux d’Odin, comme bien d’autres éléments issus de la mythologie nordique, sont extrêmement populaires aujourd’hui encore. On trouve de nombreux articles vikings à l’effigie de créatures et de personnages comme Huginn et Muninn, que l’on peut porter sous forme de colliers, de bracelets rigides, de bracelets, de bagues dorées, d’épingles, de vêtements et bien d’autres choses.
L’univers nordique exerce sur nous une forte influence grâce à la grande variété de ses divinités et de ses créatures. Les récits de l’époque viking sont en outre ceux que l’on aime transmettre et dont on veut apprendre davantage, partout dans le monde.
Pour conclure
Bien qu’Odin fût le souverain tout-puissant d’Asgard et des neuf mondes, il avait besoin de l’aide de diverses créatures pour tenir sa place. Comme on le voit, Odin était intuitif, rusé et d’une grande sagesse. Il savait qu’il ne pourrait pas gouverner seul un royaume aussi vaste, et il s’est donc fait aider par les corbeaux Huginn et Muninn, par les loups Geri et Freki, et par d’autres encore.
Que pensez-vous de Huginn et Muninn ? Pourquoi, selon vous, Odin, le Père de tous, ne pouvait-il pas obtenir seul les informations dont il avait besoin et confiait-il cette tâche à ses corbeaux ? Que pensez-vous de l’interprétation des différentes découvertes archéologiques et de leur symbolique ? Partagez votre avis avec notre communauté dans la zone de commentaires ci-dessous ou sur nos réseaux sociaux. Dites-nous ce que vous pensez des corbeaux d’Odin et de leur rôle dans la mythologie nordique.
Skål !
Pour aller plus loin : découvrez le reste du panthéon dans notre guide des dieux de la mythologie nordique, apprenez-en davantage sur le Père de tous dans Odin le Voyageur, et découvrez le sens de l’œil manquant d’Odin, ou parcourez nos colliers vikings.
Huginn et Muninn : questions fréquentes
Comment s’appellent les corbeaux d’Odin ?
Les deux corbeaux d’Odin s’appellent Huginn et Muninn. Odin porte lui-même le surnom vieux norrois de Hrafnaguð, le dieu-corbeau, à cause d’eux. Le duo apparaît à la fois dans l’Edda poétique (Grímnismál) et dans l’Edda de Snorri (Gylfaginning, chapitre 38).
Que signifient les noms de Huginn et Muninn ?
En vieux norrois, Huginn signifie « pensée » et Muninn « mémoire » ou « esprit », ce qui reflète leur rôle de prolongements de la conscience d’Odin.
À quoi servaient les corbeaux d’Odin ?
Chaque jour, Huginn et Muninn survolaient Midgard pour recueillir des informations, puis revenaient rapporter à Odin ce qu’ils avaient vu et entendu. Ils étaient en quelque sorte ses yeux et ses oreilles à travers les neuf mondes.
Existe-t-il des preuves archéologiques de Huginn et Muninn ?
Oui. Des bractéates en or et des plaques de casque des périodes des Grandes Migrations et de Vendel représentent un cavalier accompagné de deux oiseaux, et la tapisserie d’Oseberg montre deux oiseaux au-dessus d’un cheval. Les spécialistes y voient en général Odin avec ses corbeaux.
Huginn et Muninn sont-ils liés au chamanisme ?
Certains spécialistes, comme John Lindow, ont rapproché les corbeaux des pratiques chamaniques de voyage de l’âme, tandis que d’autres, comme Rudolf Simek, restent sceptiques et y voient un lien avec une symbolique germanique plus large du corbeau, comme les bannières de guerre au corbeau. Cela relève du débat entre spécialistes et non d’un fait établi.